01/07/2009

La mort du Petit Prince...

dyn002_original_300_200_pjpeg_2662782_3efd0a9440546cd4877a3d11e66a99bd.jpeg

J'ai déjà eu l'occasion d'en discuter et je sais qu'on peut avoir plusieurs interprétations. La mienne, c'est que le Petit Prince n'est pas retourné sur sa planète retrouver sa Rose mais qu'il s'est tout simplement suicidé.

Comment j'en suis arrivé à cette conclusion ? Sans doute par l'attitude du Petit Prince et aussi par les "images" employées...

Au point de départ, c'est écrit comme un livre pour les enfants. Aux enfants, on ne dit pas que quelqu'un est mort : on dit qu'il est "monté au ciel" et qu'il est "heureux maintenant". Quand le Petit Prince "retourne sur sa planète", il "monte au ciel" lui aussi. Rien que cette image, ça suffirait à me convaincre qu'il est bien mort.

Il a décidé de partir de chez lui parce que sa Rose qui comptait tellement pour lui l'a déçu. Il a voyagé, rencontré des gens mais jamais il n'a pu oublier sa Rose. On ne le "connaît" vraiment qu'à partir du moment où il a rencontré sa Rose et ce qu'on constate, c'est que c'est quelqu'un de seul malgré les autres, de triste, de déprimé.

Le premier être vivant qu'il rencontre sur la Terre, c'est le serpent. Dès leur conversation, tout devient clair :

"-Celui que je touche, je le rends à la terre dont il est sorti, dit-il encore..."

La formule employée par le serpent rappelle étrangement ceci : "Tu es poussière et tu retourneras poussière". Une manière de dire que tout le monde est mortel. En disant ça, le serpent annonce clairement ce qu'il est capable de faire. La suite ne fait que le confirmer et les points de suspension sont très explicites, de même que la réponse du Petit Prince :

"- Tu me fais pitié, toi si faible, sur cette Terre de granit. Je puis t'aider un jour si tu regrettes trop ta planète. Je puis...
- Oh! J'ai très bien compris, fit le petit prince, mais pourquoi parles-tu toujours par énigmes ?
- Je les résous toutes, dit le serpent."

Et puis, la manière d'affirmer qu'il résout toutes les énigmes. Une fois mort, il n'y a plus de problème, plus d'énigme...

Par la suite, le Petit Prince rencontre des autres roses et le Renard. Avant de quitter le Renard, il retourne voir les roses et leur dit :

"Vous êtes belles mais vous êtes vides. On ne peut pas mourir pour vous. Bien sûr, ma rose à moi, un passant ordinaire croirait qu'elle vous ressemble. Mais à elle seule elle est plus importante que vous toutes, puisque c'est elle que j'ai arrosée."

Le mot est dit explicitement : on ne pourrait pas mourir pour ces roses. Et il enchaîne en comparant avec la sienne : ça sous-entend que par contre, il est prêt à mourir pour sa Rose.

Un peu plus loin lorsqu'il parle avec l'aviateur, il lui dit :

"-C'est bien d'avoir eu un ami, même si l'on va mourir. Moi, je suis bien content d'avoir eu un ami renard…"

Il s'est rappelé de sa rencontre avec le serpent et a pris sa décision. Ce ne sera pas n'importe quel jour : ce sera un jour qui signifie quelque chose pour lui :

"-Tu as des projets que j'ignore…
Mais il ne me répondit pas. Il me dit:
-Tu sais, ma chute sur la Terre… c'en sera demain l'anniversaire…"

il ne répond pas à propos de ses projets : on ne prévient jamais quand on va se suicider. On passe à l'acte ,c'est tout. C'est le jour où il a quitté sa rose qu'il a choisi.
Et puis, il retrouve le serpent. ce ne sont pas les paroles ni l'attitude de quelqu'un qui est heureux de partir pour retrouver sa Rose :

"-Tu as du bon venin? Tu es sûr de ne pas me faire souffrir longtemps ?

...Je parvins au mur juste à temps pour y recevoir dans les bras mon petit bonhomme de prince, pâle comme la neige.
...Je sentais battre son coeur comme celui d'un oiseau qui meurt, quand on l'a tiré à la carabine."

C'est l'attitude quelqu'un qui est effrayé par ce qui l'attend. Si vraiment il retournait chez lui retrouver sa Rose, il ne serait pas effrayé mais heureux. De plus la descripition de l'aviateur ne laisse aucune doute :

"Il était là, dressé vers le petit prince, un de ces serpents jaunes qui vous exécute en trente secondes."

Tout ce qui suit confirme cette attitude. On dirait un condamné à mort qui sait ce qui l'attend et qui a peur :

"-Moi aussi, aujourd'hui, je rentre chez moi…
Puis, mélancolique:
-C'est bien plus loin… c'est bien plus difficile…
-Petit bonhomme, tu as peur…
Il avait eu peur, bien sûr! Mais il rit doucement:
-J'aurai bien plus peur ce soir…

...De nouveau je me sentis glacé par le sentiment de l'irréparable. Et je compris que je ne supportais pas l'idée de ne plus jamais entendre ce rire.

...Et quand tu seras consolé (on se console toujours) tu seras content de m'avoir connu.

...J'aurai l'air d'avoir mal… j'aurai un peu l'air de mourir. C'est comme ça. Ne viens pas voir ça, ce n'est pas la peine…

...Je te dis ça… c'est à cause aussi du serpent. Il ne faut pas qu'il te morde… Les serpents, c'est méchant. Ca peut mordre pour le plaisir…

...C'est vrai qu'ils n'ont pas le venin pour la seconde morsure…

...Tu as eu tort. Tu auras de la peine. J'aurai l'air d'être mort et ce ne sera pas vrai…
Moi je me taisais.
-Tu comprends. C'est trop loin. Je ne peux pas emporter ce corps-là. C'est trop lourd.
Moi je me taisais.
-Mais ce sera comme une vieille écorce abandonnée. Ce n'est pas triste les vieilles écorces…
Et il se tut aussi, parce qu'il pleurait…
Et il s'assit parce qu'il avait peur."

Le Petit Prince pleure, le Petit Prince a peur : ce n'est pas parce qu'il va retrouver sa Rose mais parce qu'il a décidé de mourir. On n'est pas heureux quand on va se suicider : on est déprimé, on est triste et on pense qu'on n'a plus d'autre choix. Le corps qui est trop lourd, l'écorce abandonnée, c'est ce qui reste sur Terre lorsque l'âme s'en va. Et l'âme sans va quand on meurt...

"Il n'y eut rien qu'un éclair jaune près de sa cheville. Il demeura un instant immobile. Il ne cria pas. Il tomba doucement comme tombe un arbre. Ca ne fit même pas de bruit, à cause du sable."

Il est retourné voir le serpent qui l'a "rendu à la Terre dont il était sorti" comme il lui avait promis "s'il regrettait trop sa planète"...


"Elle tu l'aimes si fort si fort
Au point, je sais que tu pourrais mourir pour elle."
(Hélène Segara)

22:19 Écrit par Antoine dans Le Petit Prince | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : mort, suicide, petit prince |  Facebook |

21/04/2009

Les derniers échanges.

Juste avant de se quitter au Heysel, tu avais quand même émis certaines réserves quant au fait qu'on devait se revoir la semaine suivante. Tu n'étais pas encore sûre d'être là car tu ne te sentais pas du tout en forme.
Finalement, tu n'es pas venue.

On s'est alors échangé quelques mails pendant une assez courte période.
Tu devais avoir une entrevue à ton travail. Tu espérais qu'on te donnerait ton préavis et que ça te "libèrerait" pour ton départ à l'Etranger. Tu étais assez anxieuse en attendant et tu ne te faisais pas trop d'illusions.
Le jour fatidique, tu m'as envoyé un SMS après cette entrevue. Tu me disais que ça s'était très mal passé et que tu ne pouvais pas parler car tu avais "trop mal". Je t'ai répondu que je t'appellerais le soir après le travail.
J'ai commencé par t'envoyer un SMS te demandant si je pouvais t'appeler. Je n'ai reçu aucune réponse... J'ai alors essayé de t'appeler mais tu n'as pas répondu.
J'ai commencé à devenir vraiment inquiet. Je ne savais pas trop à qui m'adresser et je n'avais aucune possibilité de me rendre chez toi vu la distance. Il aurait fallu qu'une voiture m'attende à la gare. Et comme je ne pouvais pas te joindre...
J'ai alors fait part de mes inquiétudes à nos amis communs. On a fini par réussir à contacter ton frère. Il n'y avait plus qu'à attendre. Une attente longue et insupportable. La télé était allumée mais je ne "voyais" rien et je "n'entendais" rien. J'étais beaucoup trop inquiet pour ça. Finalement, tu as enfin envoyé un SMS pour dire que tu étais "ok" et qu'on ne devait pas s'inquiéter pour toi.
Dans les jours qui ont suivi, tu as de plus en plus déprimé. On s'en est rendu compte via les mails que tu envoyais. Ceux-ci devenaient de plus en plus inquiétants. Tu prenais des dispositions pour le cas où il "t'arriverait quelque chose". J'avais une semaine de congé. J'ai essayé de te raisonner, de t'expliquer que, vu tout ce que tu m'avais déjà raconté, tu avais connu des moments beaucoup plus pénibles dans ta vie et que tu avais toujours fini par t'en sortir. Tu m'as répondu que tu étais peut-être arrivée au point où tu n'avais plus la force de lutter. J'ai insisté pour qu'on se voie, à deux ou en groupe, qu'on discute, qu'on trouve des solutions, ... Rien à faire : tu voulais absolument rester seule. Je continuais à t'envoyer des mails parlant de tout et de rien : tant que je recevais une réponse, c'était "bon signe". J'ai essayé de t'appeler mais tu n'as jamais répondu.

Je me suis souvenu que tu m'avais écrit avoir besoin de moi. A ce moment, j'ai eu un grand sentiment du contraire : je ne servais à rien du tout. D'ailleurs, dans ton courrier, tu m'avais écrit que personne ne pouvait rien pour toi.
J'ai fini par écrire à ton frère et à ta meilleure amie pour leur demander d'essayer de te raisonner. Je leur ai aussi écrit que j'avais le sentiment que ça allait très mal se terminer.
Ca a duré comme ça presque toute la semaine et finalement, le vendredi, tu as eu l'air de reprendre le desssus. Tu avais pris ta décision : préavis ou pas préavis, tu partirais en avril définitivement. Bien sûr, je te "perdais" mais je m'en fichais car tu avais enfin l'air heureuse. Et puis, je me disais que ça nous laissait un peu de temps , "comme avant"...

A ce moment, je t'ai demandé si on allait enfin se revoir comme tout était arrangé. A cette question, tu n'as rien répondu...

Dans les semaines qui ont suivi je n'ai presque plus eu de nouvelles : un petit mail de temps en temps mais même pas "personnel" : parfois des nouvelles "générales" adressées à tout le monde. Parfois un simple mail en "transfert" adressé à tout ton carnet d'adresses...
C'est pendant cette période que j'ai reçu la réponse au mail que j'avais écrit à ton amie. Elle était absente et venait seulement d'en prendre connaissance. Elle me disait de ne pas m'inquiéter, que tout allait bien, que tu allais partir bientôt et que tu coupais les ponts avec ton "ancienne vie".

C'est peut-être cette dernière partie qui m'a donné cette impression que je ne comptais pas pour toi : tu t'en allais donc, tout ce que tu connaissais ici faisait déjà partie de ton "passé"...

Alors, j'ai compté les jours qui restaient jusqu'à ton départ...
J'ai réfléchi à ces dernières semaines...
Quand je parlais de se revoir, tu ne répondais pas "oui", tu ne répondais pas "non". Tu ne répondais même pas "peut-être". En fait tu ignorais complètement ma question.
Tu avais écrit que "personne ne pouvait rien pour toi". Tu ne donnais plus de nouvelles.
J'au eu le sentiment qu'on te reverrait juste peut-être une fois avant que tu partes, pour se dire "adieu" pour "la forme".

Cette fois, j'ai eu le sentiment que tout était fini, que tu étais déjà partie...

Alors, je t'ai envoyé ce fameux mail où je t'écrivais tout ce que j'avais sur le coeur, comment j'avais vécu toute cette période, que je ne pouvais plus croire à ton amitié, ... Ce fameux mail resté sans réponse.

Et finalement tu es restée pour "partir" défiitivement un an après...

Je me souviens que, dans mes derniers mails à l'époque où tu envisageais qu'il pouvait t'arriver quelque chose, t'avoir écrit que je passais mon temps à te "perdre", que je pouvais accepter de te "perdre" de toutes les manières possibles mais pas de cette façon-là. Et pourtant, c'est arrivé.

Qu'aurais-je dû faire quand je t'ai envoyé ce dernier mail ? Essayer de t'appeler, alors que tu ne répondais plus quand je t'appelais ? Te demander ce qu'il en était de notre "amitié" alors que tu semblais éluder toutes les questions ? Ne rien faire et attendre alors que ton départ était supposé être si proche, que chaque jour nous "séparait" un peu plus ? Je ne sais pas ce que j'aurais dû faire et je n'aurai jamais de réponse à cette question.

Pourtant, j'avais fini par "surmonter" : après tout, puisque tu m'avais oublié, je pouvais bien "faire avec". Et j'aimais autant te savoir (ou te supposer) vivante et heureuse loin de moi que d'apprendre ce qui est arrivé. J'ai été plus heureux cette dernière année que ces deux derniers mois.

Peut-être que j'aurais pu faire quelque chose après tout, si je ne t'avais pas envoyé de dernier mail...

18:54 Écrit par Antoine dans Toi | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fini, tristesse, suicide, incomprehension |  Facebook |